Les illusions du métier d’ingénieur

Pour casser les illusions que pourraient se fabriquer beaucoup d’entre vous sur le métier d'”informaticien”.

Une des première illusions est de croire que l’informatique est un domaine réservé aux élites. C’est entièrement faux. En réalité, l’informatique est ouverte à tous ceux qui n’en ont pas peur. Car oui, l’informatique effraie et fait reculer beaucoup de monde. Une autre illusion est de croire que c’est un travail reconnu. Rien n’est plus faux : l’ingénieur en informatique (ou II, pour les intimes) est littéralement un homme de l’ombre. Bien payé généralement, mais condamné à rester dans l’anonymat, et à passer toute sa vie professionnelle à ne pouvoir expliquer à quiconque en quoi consiste son travail et ce pour une raison toute simple : personne ne comprendrait.

Les barrières à cette compréhension sont multiples : technique, d’abord, car la logique de l’informatique est difficile à appréhender, mais aussi et surtout fonctionnelle. En effet, bien souvent face aux projets d’informatique menés, la question récurrente est “à quoi ça sert ?”. Les métiers de l’informatique sont nombreux : webdesigners, développeurs, architectes réseau, … mais seul celui de l’II est aussi abscons et peu concret. Bien souvent, nous sommes liés à des projets réservés à des utilisateurs très précis (les comptables d’une entreprise particulière, un service de ressources humaines, …). Ainsi, ce sont des travaux qui, bien que fort utiles, n’ont aucune façade publique.

Bien sûr, cela est très frustrant, car il faut savoir prendre sur soi, toujours. Il faut savoir garder son égo pour soi, même lors de l’arrivée à terme de projets très lourds et très complexes, car les seules conclusions que l’on pourra en tirer face à ses proches sont “ce fût dur au boulot, on a galéré”. Inutile de perdre du temps à expliquer ce que vous avez fait, ça n’intéresse personne.

Une autre grande erreur sur l’ingénieur en informatique est de croire que c’est un passionné d’ordinateur. Là encore, c’est tristement faux. Souvent, ils sont tout aussi perdus face à un PC que peut l’être n’importe qui. J’ai déjà vu par exemple des collègues ou d’éminents chercheurs en informatique, accumulant plusieurs dizaines d’années d’expérience, tenter de brancher un câble usb en lieu et place d’une prise de courant, ou bien se lever vers une vitre lorsque l’on leur demandait “d’ouvrir la fenêtre d’un programme”. Et c’est l’un des plus grands chagrins de l’ingénieur en informatique : contrairement aux autres domaines de la technologie, le sien ne laisse pas de place aux passionnés, aux gens dont les compétences techniques vont bien au delà de leur simple travail, parce qu’ils ont eu le courage de se documenter, de s’interroger, de réfléchir, de s’adapter. La passion n’existe pas dans ce monde. Seuls l’argent et la compétence comptent.

L’ingénieur en informatique est donc, avant tout, un homme triste, qui apprend à se résigner. Parce que dans la phrase “Le travail c’est pas comme à l’école”, il ne faut pas qu’entendre “le travail c’est PLUS DUR que l’école”, mais aussi “le travail c’est plus abrutissant, plus sommaire et cela suscite moins votre intérêt qu’à l’école”. J’imagine que c’est ça, apprendre son métier, et que c’est pour ça qu’à partir d’un certain âge beaucoup d’entre nous se détournent du monde de la technique : tellement dégoûtés par ce qu’on y fait et par la bêtise qui y règne, ils cherchent aussi vite que possible à s’en extirper.

Et c’est bien dommage.

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