Les gens qui ne votent pas

Oui, je sais, le sujet de l’article est un peu facile. J’ai bien compris aussi que le sujet de la politique sature déjà tellement vos esprits en ce moment que ma petite contribution pourrait bien être la goutte d’eau qui fera déborder le vase de votre psyché et vous poussera, enfin, à assumer votre vocation d’ermite’ Qu’on soit bien clairs : ce post n’a pas pour objectif de faire du militantisme de bas-étage. J’ai longtemps refusé catégoriquement de voter, et ce pour nombre de raisons : l’absence d’opinion, la flemme, le désintéressement de la politique… Je ne jetterai donc pas la pierre à tous ceux qui ont décidé de s’abstenir d’aller voter dimanche. Chacun ses choix, et chacun ses démons.

Je voudrais néanmoins revenir aujourd’hui sur un fait particulièrement pénible au sein des non-votants : ce sont eux qu’aujourd’hui on entend le plus, comme si nombre d’entre eux s’étaient donné la mission d’exprimer haut et fort leur avis, et tenter de légitimer leur flemme par de l’agressivité.

Soyons d’accord : ne pas voter, c’est acclamer que l’on se moque de la politique. Après tout, c’est un avis défendable de ne pas voloir participer aux débats à rallonge, de ne pas s’intéresser aux grands thèmes de la société, de ne pas avoir de temps à perdre sur des interrogations abstraites. etc… Mais alors, je prie aujourd’hui tous ceux qui ne sont pas allés voter hier de cesser d’essayer de se créer une légitimité électorale en essayant de prétendre que l’absence de vote est un choix politique conscient. Quand on veut exprimer un avis neutre, on vote blanc. Ne pas voter, c’est bien plus radical : c’est clamer que “je déteste la politique et ses débats stériles alors pitié laissez-moi tranquille avec ça”. Donc, chers non-votants, ayez s’il vous plaît la décence d’assumer ce désintéressement jusqu’au bout et de ne pas venir faire aux votants le procès d’avoir voulu donner leur avis, et donc merci de garder vos rengaines méprisantes prononcées avec l’air de ceux qui pensent que “la politique n’est bonne que pour les gens stupides et oisifs”.

Par exemple, lorsque l’on passe des heures, voire des jours et même des mois, à s’intéresser aux tenants et aboutissants de chaque parti, à lire en détail les programmes, suivre et assister aux meetings, etc… Il serait amical messieurs dames les non-votants que vous ne gratifiez pas les réseaux sociaux de remarques comme “Bah moi je suis resté chez moi plutôt que d’aller perdre mon temps à voter pour un c****”.

Parce que voter n’est pas obligatoire, mais ce n’est pas non plus inutile. Donc vous qui vous faîtes fort de votre désintérêt, merci de rester dans vos bunkers pendant ces deux semaines et de ne pas encombrer les médias de vos considérations apolitiques. Vous ne pourrez pas empêcher les gens d’avoir une opinion. Tout comme nous ne pourrons jamais vous convaincre d’aller voter.

Et c’est bien dommage.

4 thoughts on “Les gens qui ne votent pas

  1. Ne pas voter ne veux pas dire qu’on se désintéresse à la politique, au contraire, je m’y intéresse, lis les programmes, écoute les débats, me forge une propre opinion… mais je ne vote pas.
    Bien sur, je pourrais expliquer pendant des heures le pourquoi du comment je n’y vais pas, ce n’est pas un choix que j’ai pris du jour au lendemain, mais la n’est pas le sujet.
    Pour en revenir au fait que les “non-votant” semblent vouloir exprimer haut et fort qu’ils n’y vont pas, sache que de notre coté c’est tout l’inverse qui se produit. Je laisse tranquille les votants, j’essaie même d’éviter un maximum le sujet, et pourtant il y aura toujours un groupe qui va venir me harceler, me juger, pour me dire que ne pas voter … c’est mal.
    Et puis crois moi, j’aimerais aller voter.

  2. “ne pas voter, c’est acclamer que l’on se moque de la politique”
    “Quand on veut exprimer un avis neutre, on vote blanc”

    Pour moi également, la vérité est ailleurs.

    Voter blanc ne signifie pas qu’on exprime un avis neutre. Il signifie qu’on s’est déplacé pour aller voter, mais que l’on a choisi aucun candidat. Le vote blanc veut dire “J’ai voté, mais aucun programme ne me satisfait et je tenais à ce que ça se sache”.

    Je ne peux pas dire qu’aucun programme ne me satisfait, je n’ai donc pas voté blanc. Je n’ai pas rejeté tous les candidats. Je dirais même que c’est exactement le contraire.

    J’ai voté “*”. Je me suis levé le matin (en fait, je n’ai pas dormi du tout, mais bref), je suis allé jusqu’au bureau de vote (really) et je n’ai tout simplement pas voté. Et en ne votant pas, je n’estime pas avoir manqué de citoyenneté (le prochain qui me dit que des gens sont morts pour que l’on ait le droit de voter mange ses dents -_-), au contraire, j’ai volontairement choisi de voter pour le candidat qui sera élu. Et il sera mon président.

    Moi, c’est autre chose qui m’énerve. Ce sont les 90% de votants qui n’ont pas compris le principe de la démocratie. Ce sont tous les gens qui ont voté mais qui se plaignent du résultat de l’élection. Quand on participe à un jeu, on accepte les règles. Je veux dire, on accepte toutes les règles. Et si une règle dit : “Le choix de la majorité est le bon choix”, alors on ne vient pas critiquer le résultat de l’élection. Quand on vote, quand on accepte la démocratie, on se doit d’accepter le président élu, même s’il s’agissait d’une femme et même si ses idées semblent à l’encontre de nos valeurs.

    • “le prochain qui me dit que des gens sont morts pour que l’on ait le droit de voter mange ses dents -_-”

      > Peu importe que des gens soient mort pour que tu aies le droit de voter, car ils sont morts aussi pour que tu aies le droit de ne pas voter. En revanche, des gens meurent tous les jours dans plein de pays du monde parce qu’ils n’ont pas eu le droit de voter pour un type qui ne les aurait pas tués…

  3. Ne mélangeons pas tous les sujets.

    Les gens qui votent et se plaignent, d’abord. Où y a-t’il un lien de cause à effet ? Exprimer son avis n’a jamais été interdit, et le vote n’est qu’une des voies pour le faire. Dois-je arrêter de parler politique en dehors des campagnes présidentielles ?

    Se plier à la loi de la majorité, c’est laisser gouverner celui qui est élu. Soit. Doit-on pour autant tout passer à un politicien juste parce qu’il est élu ? Même ses écarts avec la loi, ou l’oubli des valeurs fondamentales de la nation qu’il gouverne (liberté, égalité, toussa…) ? Même lorsqu’il change radicalement d’idée ? Chacun a le droit de se sentir trahi, et donner son avis en dehors des votes n’a rien de répréhensible. Si vous estimez que les discours politiques vous polluent et ne font pas avancer les choses, n’y prenez pas part. Empêcher les gens de donner leur avis au nom de la sacro-sainte majorité, ça n’a pas fonctionné en 1789, ni en 1917, ni en 1933 et l’année dernière encore l’Afrique du Nord affirmait haut et fort ce qu’elle pensait du concept. Fonder une démocratie et une république, c’est laisser parler tout le monde. C’est aussi cela qui fait la richesse du paysage politique français.

    Ensuite, la démocratie est le pouvoir par la majorité, pas pour autant l’écrasement de toutes les minorités. L’objectif, c’est d’avancer ensemble, et pas d’opposer la majorité aux autres. Si je suis une femme élue, je vais faire progresser les femmes, pas tuer tous les hommes pour ramener l’égalité.

    Ne pas voter, ce n’est pas “voter pour tout le monde”, puisque majorité de programmes s’opposent. Ou alors il faut être capable de penser un avis et son contraire. L’absence d’opinion politique n’est pas forcément présente pour autant lorsque l’on s’abstient, il n’empêche que dans l’acte, ne pas voter c’est ne pas exprimer son avis. Ou exprimer qu’on sera du même avis que le type qui est élu. Autant pour le libre arbitre.

    Enfin, je rappelle que le propos de l’article n’est pas celui-là. Je ne critique pas les gens ou les raisons des gens qui ne peuvent ou ne veulent voter. Bien sûr, nombre de votants se pensent octroyés d’une légitimité à tancer l’abstentionniste par charité civique. J’ai précisé en introduction de l’article que je n’étais pas de ceux-là.
    Mais ce que je constate également, c’est que nombre de non-votants se donnent la mission de répandre la bonne parole, c’est à dire celle qui consiste à se taire. Dans quel but ? Empêcher les débats d’idées et éviter que les gens ne s’interrogent ? Curieusement, il existe encore nombre de gens qui aiment à construire leur vie, leur éducation, leur travail de manière réfléchie, et cela passe forcément par un avis politique. Et je ne comprends pas l’intérêt de chercher à déposséder ces gens de leur avis et de leur envie de l’exprimer.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s