Lecture : la horde du contrevent

Initialement, je souhaitais répondre à un ami qui a produit récemment une critique de La Horde du Contrevent, que vous pouvez lire ici. Puis, voyant que mon commentaire prenait de plus en plus d’ampleur, j’ai décidé d’en faire un article. Cela dit, la qualité textuelle s’en ressent beaucoup.

La horde du contrevent, donc. Edité chez Folio SF, je reprendrai les mots de Mystick Troy pour le décrire : “Ils sont vingt-trois, forment la trente-quatrième Horde du Contrevent et ont entre vingt-sept et quarante-trois ans. Dans un monde balayé par les vents, ils ont été formés depuis l’enfance dans un seul but : parcourir le monde, d’ouest en est, de l’Aval vers l’Amont, à contre-courant face au vent, à travers la plaine, l’eau et les pics glacés, pour atteindre le mythique Extrême-Amont, la source de tous les vents.
Tous différents mais tous unis, ils forment une horde autonome et solidaire, qui avance dans un seul objectif, luttant constamment contre le vent. Profitant du savoir et de l’expérience de huit siècles d’échecs, on la dit la meilleure et l’ultime Horde, celle qui atteindra enfin l’Extrême-Amont.”

Merci mon Dieu, pour la première fois depuis des lustres, on est dans de la fantasy FRANCAISE, et c’est ça qui fait tout le sel du livre. N’y voyez aucune critique raciste ou xénophobe mais, pour la première fois depuis longtemps, on est face à une oeuvre qui n’a pas été traduite, mais bien écrite originellement dans notre langue. Et évidemment, les subtilités, rimes, jeux de mots et autres prennent beaucoup plus de sens que dans les poèmes d’oeuvres comme le seigneur des anneaux où, disons-le franchement, les poèmes sont lents, moches et sans rythme pour la bonne raison qu’ils sont traduits.

J’ai adoré ce livre parce qu’il est très prenant, très touchant, et que l’univers créé par Damasio laisse place à de la fantasy pour adultes, sans pour autant tomber dans le carnage. On a des personnages intelligents et profonds, qui tombent vraiment amoureux, couchent vraiment ensemble, ont un vrai caractère. Et ça, ça change. Eh oui, remarquez que dans beaucoup de fantasy/SF récente, il est rare de parler de sexe purement et de manière plus ou moins crue dans les textes. C’est toujours en demi-teinte. Et, justement, cette manière d’aborder le thème directement, sans complexes, a forcément tapé juste dans le cerveau du gros pervers que je suis, vous l’imaginez bien. Et pour avoir lu d’autres oeuvres de Damasio, c’est une patte qui se généralise à ses autres livres.

A l’argument le critiquant ouvertement de longueur et de passivité, je répondrai oui. Définitivement oui. 80 pages de trop à la fin où, sans spoiler, on n’aurait très bien pu se passer de ce qu’il s’y passe (ou de ce qu’il ne s’y passe pas). Bon, évidemment, sauf les quelques dernières lignes qui, elles, relèvent quand même assez fort le niveau, selon moi. Mais ce n’est pas ce que l’on recherche dans ce livre. Evidemment, et sans tomber dans la philosophie de gare, le livre est tout de même un très gros voyage initiatique où, au fur et à mesure de l’histoire, l’on finit par plus s’intéresser aux évolutions psychologiques et sociales des personnages qu’au but poursuivi. Effet quelque peu contrebalancé par les évènements finaux (Spoil : la majorité des personnages meurent).

Je ne suis pas resté sur ma faim en bouclant la dernière page, mais il est vrai que, même si le livre est vraiment extraordinaire, il laisse en bouche un goût amer, qui casse un peu le merveilleux auquel on aurait pu prendre part au cours du récit.

Livre à acheter de toute urgence car immensément culte et absolument immanquable mais attention, c’est spécial et loin d’être parfait. A l’image de beaucoup d’étoiles de la littérature fantastique moderne, Damasio nous marque là un roman très correct et fait une entrée remarquée. Reste à voir maintenant si on devra se contenter de ça ou si le temps nous réserve d’autres oeuvres qui combleront les lacunes de celle-ci.

Bonne lecture.

2 thoughts on “Lecture : la horde du contrevent

  1. Pingback: [Chronique Livre] La Horde du Contrevent, Alain Damasio « The MystickTroy's Blogpaper (Fondé en 2009)

  2. Tu as lu mon article, tu sais donc tout ce que je pense de ce livre. C’est vraiment un bon bouquin. Toutes les qualités que tu lui reconnaîs, je lui reconnaît aussi. Mais cette fin, dieu, elle ne passe vraiment pas pour moi.

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