La vierge à la fontaine

Il n’est pas encore arrivé. Assise sur le rebord d’une fontaine publique représentant je ne sais quel symbole religio-moralisant, j’allume une cigarette. La fumée me réchauffe le coeur. Sale journée. Perdue dans mes pensées, je repense à tout les obstacles qui ont failli me faire manquer ce rendez-vous, le point d’orgue de ma journée, cette lumière inespérée.
Il arrive quelques minutes plus tard. Le même sourire charmeur qu’à l’habitude. Le même jean, la même veste de cuir qui donnent à cet homme d’une quarantaine d’années l’air d’un vieil adolescent. Son parfum m’obsède. Un mélange de pin et d’herbe fraîchement coupée. Tout en lui respire la fraîcheur, le renouveau, la folie. Sur le moment, il m’excite un peu. Il propose de marcher. Parfait. Ca me calmera.

Comme tous les hommes aussi classes que lui, il aime parler, et il sait écouter. Quelqu’un de très cultivé. Tellement classe. Je l’admire beaucoup. Nos rendez-vous passés m’ont fait découvrir en lui que le charme britannique n’était pas qu’une légende. Un savoir-vivre parfait, une modestie bien dosée. Nous marchons pendant un bon moment, discutant calmement, lui en gentlemant et moi en petite fille modèle.

Nous finissons notre marche au fond d’une rue reculée. Je ressens son excitation comme il peut palper la mienne. Il a envie de moi, ça se sent. D’un geste qu’il veut désinvolte, il me plaque contre le mur. Je ressens la caresse douce de sa main sur mon visage. Une éclaircie de pureté dans l’insanité de son cadre. Il se rapproche encore. Je sens ses lèvres excites mon oreille, mes joues, mes lèvres. A la fois proche et lointain, l’image de cet homme que je ne peux vraiment atteindre sans vraiment le perdre m’obsède. Je me jette sur ses lèvres dans un accès d’envie et, dans de ses gestes mesurés, je sens sa main remonter lentement le long de ma cuisse. Ses doigts titillent les sangles de mes bas, et remontent lentement, mais sûrement. Il est trop haut. Beaucoup trop haut.

Il tombe enfin sur ce que personne ne devrait jamais trouver. D’un mouvement moins mesuré que le sien, la brutalité américaine que voulez-vous, je le retourne à mon tour contre le mur pour ne perdre tout contrôle et me jeter sur lui. Apeuré par ce changement de situation, il a un mouvement de recul et retire sa main de sous ma jupe, horrifié. Trop tard. Tandis que ma main gauche le cloue au mur, la droite a déjà agi et sors le revolver. Le silencieux contre sa peau étouffe le bruit des balles. Deux.

Je m’écarte de lui pour le laisser s’écrouler. Je sors le contrat de ma poche et vérifie la photo. C’est le bon. Je remets mes cheveux en ordre. J’ai besoin d’un whisky. Je sors de la ruelle avec un dernier regard pour mon ancien compagnon. Et je murmure, pour moi-même, “Imbécile”.

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