Sexué mais pas sexiste

Chers lectrices, chers lecteurs, bonjour. Le sexisme, parlons en encore et toujours, au lendemain de la date qui devrait devenir la fête nationale de la démocratie. Parlons-en autrement, surtout, en ces périodes floues propices à la mise au point.

Avant de démarrer véritablement le sujet qui nous préoccupe, et pour faire écho à de longues heures de discussion acharnée sur Twitter, je souhaiterais préciser une chose : je ne cherche pas à nier le sexisme, ni à nier le machisme ambiant de la société. Je ne suis pas partisan de dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je cherche, aujourd’hui comme depuis quelques semaines maintenant, à combattre UNE vision du sexisme, UN point de vue spécifique qui me paraît erroné. Vous l’aurez compris : nous parlerons encore aujourd’hui de Mar_Lard et du “sexisme geek” qui nous rabat les oreilles depuis plusieurs jours. Les propos qu’elle tient m’apparaissant en contradiction avec ma propre vision du sujet, et ma vision me semblant constructive pour faire avancer le débat du sexisme, je me permets donc d’énoncer mon avis. Et ça tombe bien car comme je suis ici chez moi, je ne vais pas me gêner.

Parlons donc du sexisme chez les geeks, et plus particulièrement du sexisme dans les jeux vidéos (oui, car ces deux mondes sont distincts). Le sexisme dans les jeux est né d’une confusion évidente entre deux imageries radicalement différentes. Et cette confusion que génère Mar_Lard dans son article, à défaut de faire avancer le féminisme, va surtout faire reculer l’univers geek plutôt que de le faire évoluer dans le bon sens. Cet amalgame que j’aborderai aujourd’hui est celui de confondre image sexuée et image sexiste. Quelle est donc la différence entre ces deux images, et quels sont leurs impacts sur les joueurs ?

Le monde vidéoludique est très vaste, et pour commencer beaucoup de jeux n’ont strictement rien à se reprocher du point de vue de l’image de la femme. Et pour cause : l’être humain n’y est pas présent, ni même la notion de genre. Je parle des puzzle-games(Tetris, Bust a move), des jeux de plateau virtualisés(Echecs, Go), des shooters(Warblade, Angry Birds), etc… Ce jeux ne peuvent pas être targués de sexistes : ils ne proposent aucune vision quelle qu’elle soit du genre humain. Et ils représentent à eux seuls une forte majorité de jeux, puisqu’ils sont la composante principale de beaucoup d’applications smartphones, tablettes, jeux flash et moult mini-jeux que l’on retrouve un peu partout. Ces jeux, servent bien souvent à vous occuper au boulot bande de flemmards, ou dans le métro. Ces jeux représentant une bonne part du jeu vidéo “moderne”, la généralisation du sexisme à tout l’univers du jeu n’a donc déjà plus de sens.


Si quelqu’un y voit du sexisme, je pense qu’il faut consulter.

Ensuite, et là nous abordons une forte majorité des jeux, le propos de Mar_Lard et le mouvement dénonciateur du sexisme geek promulgue un amalgame violent. Montrer du sexisme, c’est montrer un déséquilibre (visible ou insidieux) entre deux personnages de sexe différent. Or, pour beaucoup d’exemples auxquels on pourrait penser : jeux de combat, arenas, aventure, etc… les représentations des personnages sont équivalentes : un culte du corps, oui on y montre des femmes dénudées, mais les hommes n’y sont pas différemment lotis. C’est ce qu’on voit dans street fighter, dans Tekken, et j’en passe. Pour beaucoup, les clichés dénoncés par Mar_Lard ne sont que des représentations sexualisées à outrance, mais pas un déséquilibre entre les sexes : il n’y a pas de différence de niveau, de compétence, de difficulté, de gameplay ou d’image entre les sexes. Simplement, les personnages représentés ont en général tendance à respecter des codes de l’habillement plus propre à la drague qu’à la rando en haute montagne.


Maurice, t’as oublié ton t-shirt.

Pour les jeux d’aventure, nous en avons déjà débattu : les pendants “féministes” des grands héros masculins existent : Metroid, Tomb Raider, Beyond Good&Evil, … (je reviens sur la plastique après). Vous n’aimez pas les représentations trop masculinisées des héros de certains jeux ? Ca tombe bien : des alternatives existent déjà ! (et d’autres sont en développement). Le jeu “féministe”, ou je dirais plutôt le jeu non sexiste, existe déjà et il n’a pas attendu Mar_Lard pour se développer.

Beaucoup reprochent aux héros féminines leur plastique, leur apparence physique suggestive, leur habillement fort limité. Tout d’abord, les héros mâles sont traités avec la même culture du corps : Que dire de Sephiroth et son torse nu ? D’Ezio moulé sur le modèle du parfait brun ténébreux ? Ce sont des images sexualisées et variées. Cela vous dérange que les geeks comparent toutes les filles à Lara ? Cela ne m’ennuie pas, personnellement, que ma bedaine ne colle pas vraiment aux pectoraux léchés(au sens figuré, bande de gros dégueulasses) de la famille Auditore. Et je ne parle pas de montagnes de muscles symbolisant dans l’imagerie populaire la victoire du patriarcat, je parle de personnages masculins travaillés pour leur côté sexy. Ils ne vendent pas une image de patriarche ou de protecteur, il vendent une image d’homme séduisant ou à séduire. Ce sont les archétypes des bad boys, des rebelles, des voleurs, des solitaires…. que l’on peut retrouver par exemple dans les jeux comme Final Fantasy.


Si lui c’est un patriarche, on n’est pas rendus.

Reste certains jeux, ceux le plus ouvertement qualifiés de sexistes, que sont les jeux de sport : voiture, football, … Ces jeux pour beaucoup ont vocation a être des simulations, des représentations fidèles des univers qu’ils émulent. A ce sujet, j’opposerais deux arguments. Pour commencer, ces jeux ne sont représentatifs que d’une minorité isolée et identifiée de joueurs : ils correspondent à une cible marketting précise(qui est à peu de choses près la même cible que celle des émissions sur le même thème). Ces jeux, et loin de là, ne sont pas représentatifs des geeks, mais bien d’une simple tranche de joueurs. Et c’est cette tranche de joueurs isolée qui génère toute la généralisation du sexisme au monde des jeux vidéos.
Ensuite, posons une question : est-ce ces jeux dont il faut condamner le sexisme ? Ou est-ce que ce sont les domaines qu’ils dépeignent, tant empreints de misogynie, que celle-ci ressort malgré les développeurs au travers de leurs jeux ? De même si je regarde un film de guerre violent, est-ce le film qui est violent, ou simplement la guerre qui me fait horreur ? C’est pour cela que je persiste, et signe : Mar_Lard se trompe de cible en s’attaquant à ces jeux. Attaquons le sexisme dans le sport, dans l’automobile, dans l’armée, mais pas le sexisme dans les jeux qui y font référence. Lorsque les domaines apparentés auront changé, les jeux s’adapteront d’eux-mêmes.

En dernier point, il est important de s’interroger sur l’impact qu’ont ces jeux sur leur public, et donc sur la séparation entre le virtuel et le réel. Les geeks et gekettes sont les premiers à s’insurger contre les accusations de violence dans les jeux vidéos lors des tueries américaines, contre l’absence de morale à chaque nouveau GTA, etc… Le sexisme n’est pas un sujet à part. Mauvaise nouvelle : OUI les jeux véhiculent, grâce au rampart du virtuel, des messages et des images qui peuvent être contraires à la morale. C’est aussi ça qui en fait le sel : le bonheur d’incarner un/une gangster, un/une voleur(euse), un/une aventurier(ère)… tant de choses qui, justement, sont réservés au monde imaginaire. Comme tous les sujets immoraux traités dans les jeux, taxer le vidéoludisme de sexisme c’est ne pas faire confiance aux joueurs dans leur capacité à faire la différence entre le jeu et le réel.

Et c’est bien dommage.

Sexisme chez les geeks : comment vous convaincre que vous êtes malade(et comment ne pas y remédier).

Ami(e)s geeks, ami(e)s gamers(euses), ami(e)s lecteurs(ices) et passionné(e)s de tous poils et de toutes plumes, bonjour. Vous souvenez-vous de notre consoeur bloggeuse qui s’insurgeait contre les travers sexistes des geeks, et notamment contre le violent dérapage sur Tomb Raider dans Joypad (Ici)? Non contente d’égréner une première fois ses préjugés basés sur une minorité de cons, figurez-vous qu’elle a remis le couvert (). Déçu d’une telle agressivité et n’ayant pas comme vous le savez, ma langue dans ma poche, je livre ici mes réactions à cet article.

Après avoir passé plusieurs heures à peaufiner avec soin un mail construit et argumenté pour expliquer pourquoi je n’étais pas d’accord sur les généralisations rapides du premier article(mail auquel bien entendu je n’ai jamais reçu de réponse), voici que son second article réduit à néant et méprise mes efforts d’un simple paragraphe :
“Et d’autre part, la prévisible levée de boucliers. Des torrents de geeks indignés de se voir ainsi « stigmatisés ». Car évidemment, pointer un problème dans une communauté dont on se revendique fièrement soi-même, c’est faire preuve de haine irrationnelle envers ladite communauté…Ne raconte pas ton expérience du sexisme, femme, les hommes risqueraient d’être mal à l’aise. Et ils le feront savoir ! Des accusations de « misandrie » ou de « racisme anti-geek » (!) aux insultes misogynes les plus crasses, en passant par les menaces de violences sexuelles…”

Aussi étrange que celà puisse paraître oui, effectivement, quand on trolle et qu’on l’on s’oppose ouvertement et aussi vivement à une communauté complète, forcément on se prend une levée de boucliers. C’est ce que l’on appelle “débattre”. En fait, non, avec des arguments aussi pauvres que ceux que vous avancez, on en est plutôt au stade de la querelle de clocher. Un article haineux entraîne des réactions haineuses. En déduire que nous sommes tous cons et machistes est une facilité à laquelle j’éspérais silencieusement que vous ne céderiez pas. En vain. Donc, d’après Mar_Lard , être un geek c’est avoir été nourri au grain du sexisme, être un autiste doublé d’un crétin machiste. Amis, amies qui vous pensiez ouvert(e)s, c’est loupé. Si vous avez aimé Lara Croft, c’est forcément pour ses seins, si vous ne l’avez pas aimé, c’est forcément parce que vous êtes un homme et que vous ne pouvez pas vous identifier à un personnage féminin. Argumentation imparable.

Pour répondre correctement à cet article, j’aimerais soulever les deux points qu’il aborde : d’abord, la place de la femme et sa représentation dans les univers ludiques, puis sur la perception des filles dans les différentes communautés de geeks. Commençons par un constat simple : l’article de joypad(qui semble-t’il a mis le feu aux poudres) était de très mauvaise qualité. Que ce soit par volonté ou par maladresse, le message ambigü qu’il délivre n’est pas digne d’un journaliste, a fortiori d’un journaliste ayant un pouvoir de conviction sur un jeune public. A ce titre, inutile de chercher dans mes propos une défense du-dit article. Je ne souhaite pas défendre Joypad, je souhaite simplement montrer que non, l’univers geek n’est résolument pas sexiste.

La mauvaise foi dans l’article est double : d’abord prétendre qu’il n’existe pas de personnage féminin dans un jeu, et ensuite annoncer que les seuls personnages féminins ne sont vendus que pour leur plastique. Elevé à la mode console, les filles ont fait leur place dans cet univers au travers de personnages centraux comme Samus, Lara Croft, Dixie Kong, Claire Redfield ou plus secondaires comme Linoa ou Ondine. Bien entendu, à l’époque tout du moins, la majorité du public étant masculin, on proposait avant tout des personnages masculins au centre des jeux. Pour autant ce n’était ni systématique ni sexiste : simplement, le jeu s’adaptait à son public. Aujourd’hui que l’univers du gaming a évolué, qu’il est devenu plus accessible au grand public et que la proportion de femmes a grandement augmenté, de nombreux jeux se sont adaptés à cette évolution. Soit par des rpg qui proposent de choisir le sexe de son personnage (Elder Scrolls, Mass Effect, Monster Hunter, …) soit par l’apparition et le renfort de la crédibilité des “copines de héros” dont certaines possèdent aujourd’hui leurs propres jeux .Super Princess Peach ou Final Fantasy X-2 sont de très bons exemples.Les filles, autrefois simples compagnes des héros masculins, ne sont plus seulement des élements bons à se faire enlever/se faire sauver, mais bien des personnages complets possédant leurs propres univers, et totalement libérées du joug masculin. Le public évolue, les jeux aussi.

C’est dommage de n’avoir attaqué que sur l’aspect physique de Lara comme éloge du sexisme, car il y avait un argument bien plus percutant et plus subtil : son célibat. Tous les hommes dans les jeux vidéos ont des fiancées, des femmes, des petites amies : Snake, Mario, Link, Ezio Auditore, Sacha, …. Or, Lara n’a pas de copain connu(tout du moins jusqu’à la version 6, je n’ai pas joué après). On en revient au même argument. L’argument commercial est percutant : les filles dans les jeux vidéos(comme ailleurs) n’ont besoin de personne pour s’en sortir, et surtout pas des hommes.

“Un personnage féminin n’est pas incarné, il est regardé”. C’est un faux problème. Tous les personnages sont incarnés ET regardés quel que soit leur sexe, et particulièrement dans notre époque de croissance exponentielle des rendus graphiques des jeux. Ils sont tous soignés physiquement, hommes comme femmes, pour être agréables à l’oeil et évoquer des images plus ou moins sexuées. Même les personnages mâles bénéficient de ce principe. Il n’y a qu’à voir comme nous bavons tous devant les physiques d’Ezio, de Marcus Phenix, de Tyrael… La subtilité réside dans le fait que chacun voit dans le personnage qu’il incarne ce qu’il a envie d’y voir. Le cinéma nous vend Edward et Bella, le jeu vidéo nous vend Link et Lara. Chaque joueur(euse) voit dans son personnage un avatar. En effet, lorsque ce personnage central est unique, il faut faire le choix de son sexe. Chaque jeu fait ce choix différemment, pour autant les seules raison du choix ne sont pas la plastique ou la similarité entre le sexe du personnage et celui du joueur. Lorsque les personnages principaux sont nombreux (dans les Final Fantasy par exemple) la parité devient très rapidement le moteur pour équilibrer le groupe. Tous les personnages féminins n’en sont pas pour autant baclés, ou utilisés seulement comme objets à sauver. On ne soigne pas spécialement l’apparence des filles, les clichés sexués des personnages sont aussi vendus chez les personnages masculins. (Des exemples Ici, ici et ).
Aujourd’hui, les modèles changent, et le public aussi : les filles sont plus nombreuses dans la communauté geek qu’auparavant, suffisamment nombreuses pour ne plus être vues comme une minorité. Fort bien. Nombre de titres, de studios de développement se sont adaptés au changement : Les héroines se font de plus en plus nombreuses, l’image d’une plastique parfaite et des clichés physiques s’étend aux hommes, donnant naissance aux modèles comme le beau brun ténébreux(Ezio), l’enfant trop vite grandi(Tidus), le solitaire indépendant(Marcus Phenix). Donc, à différentes vitesses, les studios de développement s’adaptent à leur nouveau public. La seule chose que vous leur reprochez, finalement, est de ne pas le faire assez vite.

Un nouveau point sur lequel je ne suis pas d’accord, c’est votre raccourci facile entre les joueurs, le sexisme et la rape culture. Pardonnez-moi, mais passer en moins de dix lignes de la critique d’un journaliste à une conclusion proche de “tous les gamers, et même tous les hommes proches de vous, sont des violeurs potentiels”, il fallait le faire. S’en servir qui plus est pour aboutir au parallèle entre les jeux vidéos et les risques de viol, c’est beau. Certes, vous êtes sur votre blog chez vous. Tout comme Deez était dans son journal chez lui. Si vous voulez être lue et vous attirer des réactions plus constructives que des torrents d’insultes, éviter de se mettre à dos tous les hommes lecteurs en esquivant ce genre de raccourci me paraît sage. Se sentir insulté de violeur pousse rarement les gens à la réflexion ou à l’écoute.

Encore un point auquel je suis fermement opposé : votre conception du monde geek. Déjà, pitié, arrêtez de parler de “geekosphère”. Il n’existe pas de “geekosphère” tout comme il n’existe pas de “gothicosphère” ou de “modosphère”. La communauté geek n’est pas un rassemblement de boutonneux de 20 ans avec la maturité d’enfants de 7 ans tous taillés sur le même modèle et dotés d’une conscience mysogine commune. Jean-Robert, 38 ans marié deux enfants qui joue aux sims avec son fils le dimanche a le droit de se dire geek, comme Jason 13 ans qui lit des comics le soir avec la lampe sous la couette pour pas réveiller les parents, de même que Sophie 27 ans qui fait du counter-strike le mercredi soir après le boulot et Marie-Suzanne, 73 ans, qui a un diplôme de physique nucléaire. Tous ces gens-là sont aussi des geeks s’ils décident de l’être. Je trouve dommage de la part de quelqu’un qui se revendique gamer (gameuse en l’occurence) de tomber dans le raccourci facile du geek = adolescent attardé. Le geek, pas plus qu’un autre, ne fuit ses responsabilités ou ne refuse de grandir. Tout votre énoncé sur la communauté geek est un ramassis de mauvaise foi et de préjugés. Les archétypes que vous nommez (le casual, le kevin, le noob, …) désignent bien souvent toujours les mêmes personnes : justement ceux dont la maturité et l’âge les empêchent d’avoir une passion réfléchie mais qui le font par copisme et influence. Pourquoi tel ou tel n’est pas vraiment geek ? Ce n’est pas parce qu’un autre geek lui a dit “non on ne rentre pas”. Il lui manque juste une des qualités primordiales qui font un “vrai” geek : l’ouverture d’esprit. On en parlait déjà ici : article.

L’univers geek, comme vous le disiez si bien, est conçu sur des archétypes de garçons et de filles initialement marginalisés parce que trop timides, trop maladroit(e)s, pas assez sociables. Construire les bases d’une culture qui commence aujourd’hui à être reconnue a été long, pesant, coûteux. Vous dîtes que cette construction s’est faite sur les bases du sexisme ? Je ne suis pas d’accord. Cette construction s’est faite sur les bases des gens qui constituaient le public majoritaire. Pendant 30 ans, la majorité (pour ne pas dire l’intégralité) des joueurs, des lecteurs de fantasy ou comics, des rôlistes… étaient des hommes. Les cibles commerciales s’alignaient donc. Donc sur des hommes, souvent célibataires, d’entre 15 et 30 ans. Oui, ils s’alignaient sur des gens pour lesquels les thèmes comme l’amour, la drague, l’attention étaient prédominants. Le jeu vidéo est une relation privilégiée entre le joueur et son imaginaire. Quoi de plus logique donc que les personnages de l’époque aient alors été taillés pour convenir aux imaginaires et aux jardins secrets des joueurs ? Les filles étaient des idéaux de vertu et de romantisme, mais aussi des perfections physiques, dignes des personnages de Disney. Les hommes étaient des héros que tout le monde adulait, soutenait, enviait. Le jeu proposait un idéal au joueur, comme le ferait un livre ou un film. Un endroit où il pouvait incarner ce qu’il n’arrivait pas forcément à mettre en place IRL. Vous y voyez quelque chose de sexiste ? J’y vois un choix simple et logique pour faire un jeu qui plaira au plus grand nombre : Quand la majorité des joueurs sont des hommes, on essaie d’adapter l’univers à des hommes pour faire un jeu plus personnel, plus ciblé.

Nombre de geeks ont souvent été des adolescents un peu timides, un peu maladroits avec les garçons/les filles donc mis au ban pendant l’enfance et l’adolescence, et se sont battus pendant des années pour trouver leur place, des loisirs à leur goût, des passions qui leurs fassent découvrir autre chose que le sport et la drague, justement. Ce que vous reprochez aux geeks, c’est d’être cons. Malheureusement, comme dans tout groupe social, on n’échappe pas à la règle : les personnalités du milieu geek sont, pour certaines, de vrais imbéciles phallocrates et dénués de la notion de respect d’autrui. De là à en déduire que nous sommes tous comme ça, c’est un raccourci facile. Ne vous insurgez pas contre les geeks, insurgez-vous contre les cons. Ce sont des raccourcis comme les votres qui ont fait globalement perdre 15 ans de travail aux féministes, quand leur image médiatique était véhiculée par des enragées plus promptes à la vindicte qu’au débat construit. Tout indigne que ce soit, ce n’est pas à coups de barre à mine qu’on fait changer les gens.

Ensuite, vous énoncez que 47% des joueurs d’aujourd’hui sont des filles, et que globalement le public féminin n’est plus minoritaire chez les geeks.. Pardon, mais nous n’avons pas du fréquenter les mêmes cercles. Sans être une exception improbable, la présence de filles dans des milieux tels que le développement, le réseau ou l’e-sport est encore très loin d’être égale à celle des hommes. Pourtant, on ne peut pas parler, comme dans le monde professionnel, de fermeture : le monde des geeks n’a pas d’entretien d’embauche, de salaire, de sélection à l’entrée. N’importe qui peut y entrer.

Maintenant que nous avons fini avec l’image de la femme dans les jeux, abordons un second point : l’image de la femme chez les joueurs, et chez les geeks en général. Vous vous plaignez, d’avoir des exemples de développeurs qui vont ont craché à la gueule parce que vous étiez une fille ? J’en ai des tas qui ont eu la logique inverse : celle d’être plus ouvert au dialogue face aux filles, plus pédagogue non pas du fait de leur sexe, mais simplement pour ne pas leur fermer l’accès à la communauté à des gens plus minoritaires(oui, parce que que vous le vouliez ou non, l’informatique est encore très peu occupée par des filles).

Un courant de jeux vidéo qui se développe beaucoup dernièrement est celui de l’e-sport(ou sport électronique) : depuis Counter-Strike, DotA et LoL, c’est un univers en pleine explosion et extrêmement lucratif pour nos amis les éditeurs. Premier argument fondamental : c’est la seule discipline sportive au monde qui, même à haut niveau, ne fait pas de distinction entre les filles et les garçons. Les équipes sont mixtes, tout le temps, partout, quel que soit le jeu. Ca devrait être normal partout : pas de différence de compétence entre un homme et une femme. Il n’empêche que seul l’e-sport assume totalement ce concept. Les gamers ne comportent pas plus de sexistes qu’ailleurs : comme toute communauté, elle possède des cons réactionnaires. Comme toute communauté, il n’y a pas que des élites de la pensées dans ses rangs. Pour autant, entendre que nous sommes tous comme ça est un raccourci dont le seul but est de troller et de vous victimiser pour l’intérêt de gagner des sympathisants à votre cause. Vous, Mar_Lard, qui vous revendiquez geek, ça ne vous fait pas mal de détruire à ce point la fragile structure du monde geek juste pour le plaisir de vous donner raison ? Essayez pour voir de tenir les mêmes propos face à des groupes comme les motards, les chasseurs, les footballeurs. Je ne suis pas certain qu’ils brilleront par leur sens de l’équité.

La levée de boucliers et de remarques haineuses vous a aveuglé, madame Mar_Lard, elle vous a empêché de voir des gens qui ont vraiment essayé d’ouvrir le dialogue. Parce que parmi les mails et commentaires d’insultes que vous avez reçu, je suis persuadé que vous en avez aussi reçu plein comme le mien qui ont voulu discuter, échanger de manière constructive sur pourquoi ils n’étaient pas forcément d’accords, sans pour autant défendre avec force insultes la testostérone ambiante que vous attribuez au monde geek. Mais, dans votre passion du troll, combien en avez-vous ignoré qui avaient cette démarche ? 100 ? 1000 ? 10000 ? Mais peu importe, n’est-ce pas : peu importe de détruire une communauté complète par la hargne tant qu’on a le plaisir de troller. Avoir raison à tout prix, déceler le sexisme à tout prix, vaut bien mieux que de se poser des questions. Parce que vos 2 articles ne sont que du troll gratuit : généralisations abusives, phrases sorties de leur contexte, … Et en construisant ce troll, vous pensez avoir semé le trouble parmi les geeks sexistes du zInternet ? Perdu. Vous avez juste semé le trouble parmi ceux qui ont essayé de discuter et en sont sortis avec un avis plus que mitigé sur vous et vos idées. Comme vous le disiez si bien, vous n’avez pas soigné la place de la femme vous avez juste blessé une communauté qui se bat depuis 40 ans pour exister. A défaut d’avoir fait avancer le féminisme, votre article a fait reculer la crédibilité de l’univers geek de plusieurs années.

Et c’est bien dommage.

Le passage à l’ère numérique

Amis lecteurs, permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter une bonne année 2013 ! Tous mes voeux de bonheur, et de soutien dans votre lutte quotidienne contre l’aigritude et la bêtise humaine. Après ces longs mois d’absence (non mais j’avais piscine en fait) je souhaite discuter avec vous d’un sujet qui défraye en ce moment l’actualité économique : les difficultés de l’enseigne Virgin à surmonter son plongeon financier.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas (c’est à dire ceux qui vivent dans un bunker et refusent tout contact avec la société, et auquel cas : que faîtes-vous donc ici jeunes fous ?), Virgin est une enseigne de vente de produits culturels et technologiques, représentant un concurrent sérieux de la FNAC. Implanté dans 26 magasins à travers la France, la chaîne avait déjà du fermer 5 boutiques en 2012, et se retrouve aujourd’hui au bord du dépôt de bilan. Peu de temps après la FNAC et Surcouf, c’est donc une nouvelle enseigne de commerce culturel qui s’effondre en France. Pourquoi ?

En premier lieu, ces entreprises ont raté le passage à l’ère numérique. A l’époque des liseuses, musiques et vidéos à la demande et du streaming de masse (pour ne parler que des offres légales), le surcoût et la contrainte logistique liés aux boutiques “en dur” dissuadent de plus en plus, a fortiori sur une clientèle technophile donc déjà familiarisée avec Internet. Les clients n’ont plus peur de commander sur le web, donc ils ne s’en privent pas. Dans les domaines des produits dématérialisables comme la musique, les jeux vidéos ou les films, le succès des plate-formes de vente en ligne (Steam, Apple Store, Ebooks, ..) est équivoque : le grand public ne veut plus du support physique. En refusant de se mettre au niveau sur ce point, les grandes enseignes ont raté une première marche.

Reste le marché des objets physiques, non remplaçables par du dématéralisé : ordinateurs, écrans, appareils photos, … Un point important sur lequel la FNAC et assimilés pouvaient se défendre était d’apporter, sur ces produits technologiques, un conseil et un avis pertinent. Acheter un appareil photo ou un ordinateur étant un achat complexe et réfléchi qui nécessite souvent une étude comparative de différents produits, l’assistance d’un vendeur compétent dans le domaine pouvait aiguiller le client vers un objet adapté à ses besoins…ou pas. Aujourd’hui, les vendeurs commissionnés n’essaieront plus de vendre un produit adapté, mais plutôt d’orienter vers les modèles courants. Plus de temps non plus pour des formations, et de fait la connaissance technique des produits s’est perdue (qui n’a jamais pesté contre la bêtise des vendeurs FNAC ?). Les vendeurs en rayon ne sont plus des conseillers, sont bien souvent incapables de vous aider, et n’en savent pas plus que vous sur le produit qui vous intéresse. En perdant cet apport de conseil pour maximiser les coûts à court terme, les grandes enseignes creusaient leur propres tombes : elles perdaient le dernier avantage apporté par les magasins physiques.

A titre personnel, je ne suis pas affolé par l’effondrement économique de ces groupes : au même titre que l’arrivée de Free a fait trembler le monde de la téléphonie, la conccurence sérieuse des offres sur Internet aurait du pousser les grandes enseignes à revoir leur business model. Ce qu’elles n’ont pas fait. L’ennuyeux là-dedans, c’est que ce ne sont pas les managers – ou les dirigeants – qui feront les frais de ces mauvais choix, mais bien les employés.

Et c’est bien dommage.

Le verdict de Créteil

Vous me pensiez mort ? Eh non. Je sais bien que le rythme de parution sur ce blog est des plus erratiques, mais je ne vous oublie pas, très chers lecteurs. Simplement la vie, les autres projets et le manque d’idées m’empêche d’avoir une plume aussi leste que je ne le souhaiterais. Mais bref, trève de billevesées : abordons notre sujet du jour. J’aimerais en effet parler avec vous d’une chose déjà quelque peu abordée ici, mais qui me paraît revenir en force dans l’actualité dernièrement. J’aimerais aborder la faculté qu’à l’opinion publique de réécrire un procès, autrement dit “juger mieux que la justice”.

Pour celles et ceux qui ne suivent pas l’actualité, il y a quelques jours la cour d’assises de créteil a rendu son verdict sur une affaire de viol en réunion, mettant en cause 18 accusés. Le verdict fut le suivant : 10 acquittements, et surtout du sursis pour les autres. Je vous laisse le soin de consulter ces liens pour plus d’informations : ici, ici et .

“Face à une affaire comme celle-là, (on ressent) beaucoup de malaise évidemment. Il faut rappeler que les viols sont insupportables. Beaucoup de femmes n’osent pas aller porter plainte parce qu’elles redoutent la procédure judiciaire. Evidemment cette affaire ne va pas encourager les victimes à se déclarer. Pour autant, c’est une affaire de justice, il y a une décision de justice et il ne m’appartient pas de la commenter”
– Marisol Touraine

Pour une fois qu’un(e) ministre dit quelque chose d’intelligent, ça vaut la peine d’être souligné. C’est une décision de justice : on n’était pas là, on n’a pas lu le dossier (7 ans d’instruction, des milliers de pages de témoignages, …) on n’était pas au procès. Il faut arrêter de juger à la place de la justice. Certes, le verdict peut paraître léger, ridicule, on peut remettre en cause le juge (c’est d’ailleurs ce qu’à fait le parquet en faisant appel de la décision). Mais, particulièrement dans des affaires aussi sordides, on ne devrait pas laisser les médias s’emparer de l’affaire. En effet, comment pourrait-on, en quelques heures (c’est à dire la durée d’écriture d’un article journalistique) juger le travail de dizaines de personnes pendant des années ? Bien entendu, les journalistes doivent faire leur travail, fournir l’actualité, et présenter une autre vision. Mais dans des cas aussi complexes, aussi profonds, il est nécessaire de construire des articles plus fouillés, de pousser bien plus loin les recherches qu’à la seule analyse des plaidoiries sur trottoir des avocats de la défense. Si la justice a mis 7 ans à traiter ce dossier et à arriver à cette conclusion, je doute qu’un journaliste, tout compétent qu’il soit, puisse être sûr de faire mieux en si peu de temps.

Un autre détail que je remarque, même si en soi il n’est pas en rapport direct avec notre affaire, c’est la petite remarque sur le poids de la victime : “A 16 ans, Nina était une «très jolie fille», […] Aujourd’hui, Nina pèse 125 kilos. Elle a pris 70 kilos suite aux viols.” Quelqu’un pourrait m’indiquer l’intérêt de cette remarque, si ce n’est rajouter dans le pathos et fournir une remarque gratuite de plus sur l’éternel sujet de la maigreur ? Merci libé de développer notre sens critique et de faire évoluer notre vision de la société, ça c’est du grand journalisme. On pourrait faire une remarque exactement similaire sur l’article du figaro et la phrase sur le sexe du juge, mais ce serait transformer cet article en critique gratuite sur le journalisme. N’empêche, on s’étonne de la mort de la presse écrite, après…

Une autre chose sur laquelle je m’insurge, mais vous êtes déjà bien habitués à celà, c’est la manie qu’ont nos ami(e)s les féministes de s’approprier l’affaire pour en faire un cheval de bataille. Via l’impact médiatique de cette affaire pénale parmi d’autres, le viol est devenu le fer de lance des féministes au même titre que la pédophilie l’était pour les hadopistes. Il est le catalyseur de l’opinion publique, véritable outil de cristallisation de la haine pour faire passer n’importe quoi à n’importe qui. “Comment, tu oses remettre en cause le fondement de cette affaire ? Tu es donc forcément un violeur récidiviste potentiel.” Il n’y a plus de débat possible autour d’un tel sujet, il n’y a que l’émotion et le dégoût, on est forcé d’acquiescer benoîtement.

Et c’est bien dommage.

Les gens qui ne votent pas

Oui, je sais, le sujet de l’article est un peu facile. J’ai bien compris aussi que le sujet de la politique sature déjà tellement vos esprits en ce moment que ma petite contribution pourrait bien être la goutte d’eau qui fera déborder le vase de votre psyché et vous poussera, enfin, à assumer votre vocation d’ermite’ Qu’on soit bien clairs : ce post n’a pas pour objectif de faire du militantisme de bas-étage. J’ai longtemps refusé catégoriquement de voter, et ce pour nombre de raisons : l’absence d’opinion, la flemme, le désintéressement de la politique… Je ne jetterai donc pas la pierre à tous ceux qui ont décidé de s’abstenir d’aller voter dimanche. Chacun ses choix, et chacun ses démons.

Je voudrais néanmoins revenir aujourd’hui sur un fait particulièrement pénible au sein des non-votants : ce sont eux qu’aujourd’hui on entend le plus, comme si nombre d’entre eux s’étaient donné la mission d’exprimer haut et fort leur avis, et tenter de légitimer leur flemme par de l’agressivité.

Soyons d’accord : ne pas voter, c’est acclamer que l’on se moque de la politique. Après tout, c’est un avis défendable de ne pas voloir participer aux débats à rallonge, de ne pas s’intéresser aux grands thèmes de la société, de ne pas avoir de temps à perdre sur des interrogations abstraites. etc… Mais alors, je prie aujourd’hui tous ceux qui ne sont pas allés voter hier de cesser d’essayer de se créer une légitimité électorale en essayant de prétendre que l’absence de vote est un choix politique conscient. Quand on veut exprimer un avis neutre, on vote blanc. Ne pas voter, c’est bien plus radical : c’est clamer que “je déteste la politique et ses débats stériles alors pitié laissez-moi tranquille avec ça”. Donc, chers non-votants, ayez s’il vous plaît la décence d’assumer ce désintéressement jusqu’au bout et de ne pas venir faire aux votants le procès d’avoir voulu donner leur avis, et donc merci de garder vos rengaines méprisantes prononcées avec l’air de ceux qui pensent que “la politique n’est bonne que pour les gens stupides et oisifs”.

Par exemple, lorsque l’on passe des heures, voire des jours et même des mois, à s’intéresser aux tenants et aboutissants de chaque parti, à lire en détail les programmes, suivre et assister aux meetings, etc… Il serait amical messieurs dames les non-votants que vous ne gratifiez pas les réseaux sociaux de remarques comme “Bah moi je suis resté chez moi plutôt que d’aller perdre mon temps à voter pour un c****”.

Parce que voter n’est pas obligatoire, mais ce n’est pas non plus inutile. Donc vous qui vous faîtes fort de votre désintérêt, merci de rester dans vos bunkers pendant ces deux semaines et de ne pas encombrer les médias de vos considérations apolitiques. Vous ne pourrez pas empêcher les gens d’avoir une opinion. Tout comme nous ne pourrons jamais vous convaincre d’aller voter.

Et c’est bien dommage.

Les illusions du métier d’ingénieur

Pour casser les illusions que pourraient se fabriquer beaucoup d’entre vous sur le métier d'”informaticien”.

Une des première illusions est de croire que l’informatique est un domaine réservé aux élites. C’est entièrement faux. En réalité, l’informatique est ouverte à tous ceux qui n’en ont pas peur. Car oui, l’informatique effraie et fait reculer beaucoup de monde. Une autre illusion est de croire que c’est un travail reconnu. Rien n’est plus faux : l’ingénieur en informatique (ou II, pour les intimes) est littéralement un homme de l’ombre. Bien payé généralement, mais condamné à rester dans l’anonymat, et à passer toute sa vie professionnelle à ne pouvoir expliquer à quiconque en quoi consiste son travail et ce pour une raison toute simple : personne ne comprendrait.

Les barrières à cette compréhension sont multiples : technique, d’abord, car la logique de l’informatique est difficile à appréhender, mais aussi et surtout fonctionnelle. En effet, bien souvent face aux projets d’informatique menés, la question récurrente est “à quoi ça sert ?”. Les métiers de l’informatique sont nombreux : webdesigners, développeurs, architectes réseau, … mais seul celui de l’II est aussi abscons et peu concret. Bien souvent, nous sommes liés à des projets réservés à des utilisateurs très précis (les comptables d’une entreprise particulière, un service de ressources humaines, …). Ainsi, ce sont des travaux qui, bien que fort utiles, n’ont aucune façade publique.

Bien sûr, cela est très frustrant, car il faut savoir prendre sur soi, toujours. Il faut savoir garder son égo pour soi, même lors de l’arrivée à terme de projets très lourds et très complexes, car les seules conclusions que l’on pourra en tirer face à ses proches sont “ce fût dur au boulot, on a galéré”. Inutile de perdre du temps à expliquer ce que vous avez fait, ça n’intéresse personne.

Une autre grande erreur sur l’ingénieur en informatique est de croire que c’est un passionné d’ordinateur. Là encore, c’est tristement faux. Souvent, ils sont tout aussi perdus face à un PC que peut l’être n’importe qui. J’ai déjà vu par exemple des collègues ou d’éminents chercheurs en informatique, accumulant plusieurs dizaines d’années d’expérience, tenter de brancher un câble usb en lieu et place d’une prise de courant, ou bien se lever vers une vitre lorsque l’on leur demandait “d’ouvrir la fenêtre d’un programme”. Et c’est l’un des plus grands chagrins de l’ingénieur en informatique : contrairement aux autres domaines de la technologie, le sien ne laisse pas de place aux passionnés, aux gens dont les compétences techniques vont bien au delà de leur simple travail, parce qu’ils ont eu le courage de se documenter, de s’interroger, de réfléchir, de s’adapter. La passion n’existe pas dans ce monde. Seuls l’argent et la compétence comptent.

L’ingénieur en informatique est donc, avant tout, un homme triste, qui apprend à se résigner. Parce que dans la phrase “Le travail c’est pas comme à l’école”, il ne faut pas qu’entendre “le travail c’est PLUS DUR que l’école”, mais aussi “le travail c’est plus abrutissant, plus sommaire et cela suscite moins votre intérêt qu’à l’école”. J’imagine que c’est ça, apprendre son métier, et que c’est pour ça qu’à partir d’un certain âge beaucoup d’entre nous se détournent du monde de la technique : tellement dégoûtés par ce qu’on y fait et par la bêtise qui y règne, ils cherchent aussi vite que possible à s’en extirper.

Et c’est bien dommage.

JDR : Se souvenir de tout

JDR : Se souvenir de tout

Préparer une partie peut signifier pour beaucoup de s’y prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines à l’avance, peaufiner son personnage, prévoir même des séances complètes uniquement dédiées à la création, etc… c’est d’ailleurs souvent le cas pour les campagnes et scénarios longs : comme le personnage est prévu pour durer un petit moment, il vaudrait mieux qu’il soit pensé, décidé avec le MJ pour parfaire les détails. Cela permet au joueur de rentrer pleinement dans son rôleplay, de connaître à fond ses possibilités et d’exploîter tout ce qui est possible avec ce qu’il a créé. Pour le mj, c’est une mine d’information permettant de connaître le caractère de chaque perso, leurs compétences et aptitudes, et ainsi préparer des synergies et des situations parfaitement adaptées aux attentes
de chacun.

Seulement, voilà: le JDR ne se déroule pas toujours comme ça. Bien souvent, les joueurs ne seront pas forcément disponibles à suffisamment long terme pour organiser des séances complètes de création indépendantes, ni ne seront suffisamment passionnés pour en avoir envie. Ce qui signifie créer et jouer dans la foulée pour des one-shots ou petites chroniques. Pour le joueur, c’est l’occasion de créer des personnages plus souples, plus légers, mais aussi de ne pas passer un temps infini sur la création(inutile de créer pendant 5 heures si la partie en dure deux). En revanche, pour le MJ, la création au fil de l’eau est un enfer indescriptible. Et ce pour une raison toute simple : c’est un défi de mémoire d’une grosse difficulté.

Le problème : courir après une mémoire fuyante.
D’abord, parce qu’il s’agit en quelques minutes, ou au mieux une heure ou deux, de TOUT connaître sur les personnages: les noms, prénoms état civils et descriptions sommaires, les compétences, les attributs, les secrets, l’histoire, … Essayez d’apprendre par coeur 4 biographies wikipedia en moins d’une heure, vous verrez. Pour encourager les synergies et créer les situations les plus adaptées aux personnages, il faut donc tout apprendre en peu de temps.

La solution : pousser les joueurs à se décrire.
Heureusement, il existe un certain nombre d’astuces à mettre en place qui peuvent vous servir d’appui pour mieux connaître les joueurs sans pour autant ralentir le jeu, ou allonger la création. Pour la description générale, demandez lors des premières rencontres aux joueurs de se décrire sommairement. Cela donnera à tous une impression globale, y compris à vous. N’hésitez pas à sonder des les premières minutes quelles sont les traits de caractère qui ressortent, par exemple en mettant en scène des dialogues avec des pnjs. Ainsi, vos joueurs pourront fixer effectivement leur roleplay, et vous pourrez vous faire une idée précise de leurs attentes.

Prenez des notes !
On ne le dira jamais assez, les notes sont la clé de tout. Surtout si les scénarios sont longs, il vous faut un descriptif (au moins une note mentale à retenir par coeur) de tous les personnages que vous gérez, de leurs noms et principaux secrets… Ecrire, apprendre, retenir, oublier, ré-apprendre, à force rien ne devrait plus vous échapper.

Ne pas confondre joueur et greffier.
Attention, un travers courant est d’utiliser les notes des joueurs comme les vôtres. En réalité, c’est dangereux. D’abord parce que les joueurs ne sont pas vos greffiers, ensuite parce que vous devez connaître surtout sur vos personnages les informations qui ne sont pas publiques : leurs secrets, leurs tabous, leurs histoires,… et que, de fait, les autres joueurs ignoreront probablement.

Voilà. La solution c’est donc, autant que possible, de créer des mises en situation où vous pourrez évaluer avec précision chaque personnage, le découvrir et ainsi bien le maîtriser. Et ce n’est pas forcément très long. Parfois, un simple dialogue autour d’une table, à l’auberge (Un petit air de déjà vu ?) suffit à chacun à donner une image très précise de son personnage. Lorsque les temps de création sont courts, il faut pouvoir mettre à profit le temps de jeu pour faire revenir tout ce que vous n’avez pas eu le temps de mémoriser.